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Danse Macabre Studios, Bayreuth, Allemagne, 1998.
Stefan Ackermann (chant, récitation), Bruno Kramm (claviers, machines, samples, synthés), Daniel Galda (claviers), Dominik Sebald (batterie)
Tous les textes sont de Gottfried Benn (1886-1956)
Beaucoup de gens croient connaître Das Ich et pourtant négligent certaines de leurs œuvres qui pourtant nous en disent beaucoup sur eux. ‘Morgue’ est de celles-ci. Après avoir pondu un ‘Egodram’ plus dansant, destiné aux dancefloors, le duo teuton en revient à son côté plus théâtral et expressionniste en adaptant en musique ‘Morgue’, collection de poèmes de l’Allemand Gottfried Benn. Comme le nom l’indique clairement, l’univers de ces textes est glauque, pue la mort, la charogne, la maladie…et pourtant, de ce cloaque de sang, de merde et de viande froide, le poète arrache quelques bribes de beauté, de compassion, de sentiments…une œuvre profonde et bouleversante que Das Ich a parfaitement su s’approprier. ‘Morgue’ est un disque varié et complexe où le groupe décline l’éventail de ses capacités. Il parvient à mêler des atmosphères cabaret des années 30 (‘Kleine Aster’), des sonorités industrielles, des structures plus rythmées (‘Erde ruft’, ‘Negerbraut’, ‘Saal der kreisenden Frauen’) et une noirceur dramatique, presque gothique (‘Mutter’, ‘Der Artzt’). Grincements, piano, basses organiques côtoient des samples orchestraux, des percussions métalliques en une parfaite alchimie d’intensité angoissante et douloureuse. La voix de Stefan s’y révèle un élément prépondérant. A l’instar de son collègue Oswald Henke (Goethes Erben), il maîtrise la langue allemande, sait jouer de ses nuances, de sa musique, de sa laideur et de sa beauté pour en faire un instrument à part entière. Tous ces éléments font de ‘Morgue’ une totale réussite et un travail complexe qui requiert une écoute profonde ; pas étonnant qu’il ait échappé à l’attention des crétins qui ne connaissent du goth que ce qu’ils entendent sur les dancefloors, dommage pour eux. Je ne peux également que conseiller la lecture des œuvres de Gottfried Benn disponibles en traduction chez Gallimard, ou du moins en allemand à l’intérieur du livret, elle en vaut la peine. (dimanche 26 octobre 2003)
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