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Enregistré aux S.R.F. Studios, 15-17 décembre 1995. Ingénieur : Bard Norheim et Kai Halvorsen. Produit par Dodheimsgard.
Aldrahn, Apollyon, Alver, Vicotnik.
Attention, car voici un des plus grands objets de l’histoire du black metal. «Monumental possession» de Dodheimsgard est incontestable, complet, impitoyable, pur et (pour une fois ce terme ne sera pas galvaudé ) ultime. En parler est extrêmement difficile tant la quintessence atteinte ici relève de l’alchimie. Le son est rude, norvégien et puissant à la fois ; sans effets inutiles, rien qu’en brut et savoir, pas d’échos sous la lune, de reverb’ funéraire, de lugubre d’Epinal : comme son nom l’indique, ce rituel n’a pas lieu parmi les tombes et sous le ciel… mais en vous. La haine est organique, la violence brûlante, la démence abrutissante cogne contre les murs de votre crâne. L’équilibre entre primitif et sophistication touche ici la perfection ; les vitesses se succèdent, les accents changent de place mais visent toujours la gueule, les guitares connaissent tout, comme une bible maudite. Vitesse, rupture, brutalité et dimension harmonique, tout est mis à sa place pour dessiner les riffs les plus jouissifs qui soient, asséner des enchaînements aussi malins que meurtriers, déchaîner des fureurs à la force noire épouvantable. Riffs infernaux, blastés, mélodiques ou empruntant au punk metal comme jadis Mayhem, ou Taake dans «…bjoergvin… » aujourd’hui. La musique prend possession et on balance la tête dans tous les sens, on saute sur place, on gonfle le torse, on roule des yeux… on montre les dents et l’on paganise comme des fous dangereux. Ce mélange, cette succession, cette fusion black metal laisse exsangue, extatique… ce n’est plus de l’efficacité, c’est une mise à mort. Vicotnik, Aldrahn et Appolyon prêtent tour à tour leur visage à la bête, et vous n’avez jamais vu ça. Vicotnik le pendu qui s’égosille au bout de sa corde, Aldrahn le fou furieux… et le plus noir gosier, la plus sombre des âmes entendues jusqu’ici : Apollyon frère de Dead. La lourdeur maléfique, épaisse et sans issue… l’un vous tient à terre, le pied sur la gueule, tandis que l’autre en pleine démence hurle et crache toute sa haine sur blasts aux riffs de feu, en faisant hystérique des bonds incantatoires autour de son autel. «Monumental possession» a la densité rythmique et mélodique de «Nemesis… », la pureté de «A blaze… », la fureur brute et roots perdue depuis Mayhem, et Dodheimsgard est maître comme aucun à l’époque. Une des plus grandes pièces du black metal, une référence dans laquelle on ne finira sans doute jamais de puiser, comme une sculpture étalon, un silmarils du nord. Et ce n’est sûrement pas Satyr, celui de «Rebel» et jusqu’à «Volcano» qui dira le contraire, lui qui assistera d’ailleurs à la suite du parcours de la horde depuis un peu plus près. Vous n’irez pas dans les cimetières, les forêts, au bord des lacs… mais vous allez les voir, les sentir au milieu de ce sabbat malsain… tous les repaires du diable passeront devant vos yeux dans une danse de cauchemar… et lorsqu’elle le décide, cette folie destructrice qui s’agite dans vos veines vous submerge et vous noie, vous dépasse. On n’écoute pas «Monumental possession», on le subit, avec ses mélodies misanthropes orgasmiques, ses gouffres atroces, aussi primaire que cultivé, aussi puissamment monolithique que multiple, avec ses descentes de manches apocalyptiques, ses soli reptiles, ses épaisseurs suffocantes. Impitoyable, agressive, violente, séductrice, intelligente, surprenante, changeante et irrésistible, elle a plusieurs voix et plusieurs visages… ainsi plus qu’aucune autre, cette musique est à l’image du diable. (dimanche 9 février 2003)
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