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Enregistrement juillet 2000, Eglise Saint-Sylvain à Saint-Sauvan, Saintonge. Direction artistique et prise de son : Markus Heiland, Trinotus.
Huelgas-Ensemble : Kateljine van Laethem, Julie Cooper, Marie-Claude Vallin (Cantus) ; Marnix de Cat (Altus) ; Jan van Elsacker, Marcel Beekman, Nick Todd, Matthew Vine (ténors) ; Marius van Altena, Jasper Scweppe, Lieven Termont (baritonatus) ; Marc Busnel, Stephan Macleod (Bassus) ; Paul Van Nevel : direction
Comment accompagnait-on les morts, comment les célébrait-on, comment les pleurait-on, comment, plus simplement, voyait-on la mort, avant le fameux Requiem de Mozart ? L’histoire du chant officiel religieux commence au grégorien, qui est à la fois monodie et à rythme absolument libre… elle va donc suivre à travers le moyen âge, la renaissance jusqu’au baroque puis le classique la logique de la complexification, et ainsi de la règle, de plus en plus définie et normative. Les témoignages, parmi d’autres, de Richafort, Guerrero, Biber, Campra et Hasse sont ainsi précieux. Ils sont aussi souvent surprenants. Car même si, dans la partition ici présente notamment, la plus ancienne, la gravité pouvait être présente, les messes d’accompagnement des morts n’avaient pas pour but d’attrister, mais bien de célébrer la mémoire, dans le respect soumis de la décision de Dieu. En bref : ce sont des partitions de lumière. Les Requiems baroques, particulièrement, (Biber, Campra et plus encore Hasse), ne craignent pas la joie et la félicité. Ce requiem pour six voix a capella de Jean Richafort en hommage à Josquin Desprez est donc, lui, dans le pur style ancien, cherchant en outre à rendre un hommage notamment formel au maître passé. Il s’agit donc de chants polyphoniques au rythme très tempéré et simple, tout en tension souple, en lenteur, en élévation délicate. Simples, oui, les six lignes vocales se superposent souvent et ne s’ouvrent qu’au sommet de la dynamique entamée, en s’écartant l’une de l’autre, créant ampleur mais aussi profondeur harmonique… à la manière d’une fleur qui s’ouvre à la lumière du matin. Oui, la mort est lumière à cette époque, c’est ainsi qu’on la chante, qu’on la veut, et qu’on la prie. Ces chants accompagnent avec bienveillance l’esprit des défunts qui ne rejoignent rien de moins que l’éternité. Cette partition n’est pas seulement symptomatique, elle est aussi d’une très grande beauté. Richafort possède le don de la mélodie et de l’harmonie, et tout au long de cette messe, au milieu de laquelle le sublime «Offertorium», on est ému et fasciné par l’équilibre parfait qu’entretiennent les registres, malgré, encore une fois, la grande sobriété de construction de cette musique, ( enfin… comparée aux contrepoints hallucinants des D’India ou Monteverdi à venir.). Ces voix cherchent la paix de l’âme, elles semblent aussi s’autoriser à s’émouvoir, au détour d’une affectation plus marquée, elles ne portent pas le défunt en terre, elles l’accompagnent au ciel. Richafort nous offre des instants d’élévation simple et puissante d’une grande plénitude. Les mélodies du compositeur sont très calmes, douces… elles se déploient à l’horizontale, soutenues par les harmonies, plutôt que de chercher le contraste évocateur ou la progression verticale. Comme l’art harmonique naissant et qui s’exprime avec modestie, ses lignes sont discrètes ; comme l’âme du disparu, ces voix vont en paix. Le talent esthétique et artistique de Richafort imprime à la lenteur et à l’affectation propre au style et au sujet une nostalgie toute pieuse, mais palpable. Cet ancien témoignage de la vision du monde de ténèbres qu’ont ceux depuis la terre, est beau et incontestablement émouvant, à travers l’amour que le compositeur arrive à y mettre, à travers la qualité du déroulement solennelle et lumineux, dans la profonde affliction qui émane des entrées de voix, du néant vers la lumière. (samedi 3 août 2002)
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