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Yo La Tengo › Electr-O-Pura

cd | 14 titres | 45:48 min

  • 1 Decora [3:26]
  • 2 Flying Lesson (Hot Chicken #1) [3:11]
  • 3 The Hour Grows Late [3:04]
  • 4 Tom Courtenay [3:30]
  • 5 False Ending [3:55]
  • 6 Pablo And Andrea [3:07]
  • 7 Paul Is Dead [2:24]
  • 8 False Alarm [3:41]
  • 9 The Ballad Of Red Buckets [3:58]
  • 10 Don’t Say A Word (Hot Chicken #2) [3:28]
  • 11 (Straight Down To The) Bitter End [3:57]
  • 12 My Heart’s Reflection [3:02]
  • 13 Attack On Love [1:51]
  • 14 Blue Line Swinger [3:15]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré aux studios Alex The Great, Nashville, avec l’assistance de Brad Jones. Mixé aux studios Sound on Sound, New York City, avec l’assistance de David Emke et Ed Raso. Mastering aux studios Masterdisk par Greg Calbi. Monté par Scott Ansell. Produit par Roger Moutenot.

chronique

Styles principaux
chanson
folk
pop
rock
Styles secondaires
indie rock
noise rock
shoegaze
Styles personnels
greatest hits (the hidden parts)

Aux lendemains, souvent, on trouve la confusion : peu ; prou ; en proportions qu’on ne saurait dans l’instant définir. L’aube a chassé les miasmes ; les cahots, finalement, n’auront mené la trajectoire qu’à frôler la fin précoce, le dernier point redouté. Mais dans le relâchement, au bout de l’embrassade où pour cette fois encore on s’est réconcilié : la question renouvelée, l’inconnu de ce qui demeure ; l’éternelle décision à prendre – de ce qui reste à faire, de ce qui s’attrape et de ce qui se laisse. Les lignes qui ont bougé, qu’il faut refaire ou effacer ou suivre aux points où la secousse les aura déplacé. Reste à savoir si l’on en joue ! Ce qu’on en montre, à l’extérieur ; si l’on décide d’en faire pudeur, déclaration, alinéa comme en passant dans l’épisode suivant que l’on va relater. Painful – quelle qu’ait été cette aura trouble qui en nimbait tenants, aboutissants, distances incertaines à tout ce qui le tendait pour ses auteurs – racontait une histoire ; qui concentrait dans sa durée l’espace de quelques heures sans doute : heures bleutées, d’après que le soleil ait passé l’horizon ; d’un éclat où la chaleur ne trouvait pas à se loger, faisait défaut aux corps qui voulaient s’y blottir – et dont cette absence faisait le parfait mystère, la pleine réussite, l’admirable cohérence sous les contrastes à quoi le groupe nous avait habitués, qui trouvaient là d’autres reliefs ; des voilures inédites ; une profondeur qui jusqu’alors ne s’était révélée que par instants, graduellement, qu’il nous avait fallu apprendre à voir, à reconnaître. Et puis le disque, sur la fin, retrouvait l’oxygène et les rayonnements – conclusion ouverte, insufflée du désir de ne pas en rester là… Electro-o-Pura semble tenir à brouiller toute piste. Et les moyens du groupe, à cet effet, sont toujours paradoxaux ! Afficher des influences, par exemple, avec plus d’évidence qu’en d'autres occurrences ; et puis laisser le doute grandir tout seul, sourire en coin. Decora – la chanson d’ouverture – débute comme un pur exercice shoegaze : le parfait incunable de My Bloody Valentine dans ses guitares en bruine, ses voix que l’alanguissement, la fatigue, embrument d’érotisme flou ; le tout qui aurait échu là – sans qu’on sache trop par quelles voies si ce n’est l’amour des trois d’Hoboken pour l’un et l’autre groupe – sur une frappe de Steve Shelley (batteur de Sonic Youth, s’il faut le rappeler ; pour son exactitude, son subltil syncopé, la sécheresse de ses coups, aussi). Parlons-en, d’ailleurs, tiens, de ces New Yorkais là. Si ce n’est pas leur ombre – sise entre leur glorieux Daydream Nation, leur Goo aux évidences piégées, leur curieux Experimental, Jet Set etc (encore à venir alors, à l’époque de celui dont on parle en ces lignes) – qui passe sur Flying Lesson, la deuxième plage du disque… Mais vers deux minutes trente - tiens donc, la taille standard – l’ambiance glisse, bascule ; la guitare d’Ira trouve d’autres résonnances, claires, réverbérées, acoustiques presque mais tranchantes ; et les claviers nous apparaissent, nous révèlent soudain qu’ils sont une part de l’abrasion ; qu’ils frottaient là dès le départ. On se rend compte alors – on se rend à l’évidence – que rien de tout cela n’aurait pu se jouer ailleurs qu’entre des airs où se tiennent ces trois là, les Yo La d’Hoboken. Il y a ces partis-pris, aussi, dans la présentation, ce qui se montre et se souligne à notre entendement. Ces durées faussées, sur la pochette, sur une partie – pas tous ! – des titres énoncés. Ces commentaires reportés sous les mêmes, d’un bout à l’autre de la liste. Sont-ils censé nous renseigner, nous indiquer l’infléchissement désiré de l’écoute ? Ou bien nous égarer, se jouer des attentes qu’on en pourrait concevoir ? Pour tout dire, le disque - l’objet, dans cet aspect, son contenu, aux premières écoutes – semblerait presque se poser en résumé de l’art du groupe : une sorte de best-of inventé, compilation d’histoires telles que contées jusqu’à ce jour ; mais composé seulement de plages inédites, écrites pour l’occasion comme autant d’extensions aux mondes visités. De fait, l’album semble amnésique, d’un titre sur l’autre, de tout fil commun qui aurait pu les tenir, en faire une somme articulée plutôt qu’une simple collection légèrement disparate, l’alignement de tons désormais connus, contrastes dus seulement au hasard, les poignées de fragments une fois retombées. Les apparents repères posés comme ça et là ne semblent rien éclairer, au vrai. Les deux morceaux portant entre parenthèses la mention Hot Chicken – vaguement burlesque, semble-t-il – alignent en fait d’assez sinistres propos, pas loin des inquiétudes de Painful. Les indications portées en sous-titre à chaque index paraissent sans rapport à ce qui se peut entendre des morceaux que censément ils décrivent… Pour être honnête, la portée de ce disque, ce qu’il a de particulier dans l’œuvre ouverte du groupe n’apparaîtra qu’à la lumière de ses suites directes. A l’écoute du suivant – avec son titre interminable et sa pochette presque aveuglante – on entend mieux ce qui se joue pour l’instant, ce qui continue de bouger, de se développer, de changer dans l’approche du groupe. Combien, par exemple, les inflexions que donne le trio, aux musiques puisées aux racines américaines – la ballade folk, l’usage de la guitare slide – ne sont plus, irrémédiablement et contre l’impression première, celles qui résonnaient à leur tout premier disque, ce Ride the Tiger tout d’une fraicheur pas encore assurée. Et puis plus tard encore, on entendra mieux, à y revenir, en quoi le jeu de batterie de Georgia – plus libre, toujours, mais au décalage ici presque imperceptible – porte déjà plus loin le goût bientôt affirmé du groupe pour un jazz qui ne serait plus seulement une question de teintes ajoutées. Et pour l’instant, le final de Blue Line Swinger, avec son ad-lib vocal simplissime, impromptu, inexplicablement poignant, tellement lyrique dans son évidence pop qu’il emporte le morceau. Et nous poussera plus tard à de nouvelles écoutes. En l’état, Electr-O-Pura est l’un de ces disques auxquels on reviendra surtout les jours d’humeur flottante. Aux matins d’après cuite où, contre toute crainte, la gueule de bois décide de ne serrer point, par paresse, ses mâchoires ; aux journées de relâche où l’attention coule d’un objet à l’autre par effet des vases communicants. Chaque chanson condense une lumière différente, qui passe et glisse quand la suivante allume son propre éclat, détaché de toute autre nuance du scintillement. Blue Line Swinger s’achève et – à ce lendemain – c’est déjà le soir qui vient, et qui proclame le repos. Et nul ne sait encore où se lèvera l’aube suivante. Il n’y a pour l’instant que cet engourdissement pour se faire plaisant prémisse. (dimanche 4 mars 2012)

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Dioneo › vendredi 14 septembre 2012 - 15:20  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Salut (Ira himself ?!),

Eh eh... Oui. Mais c'est à dessein (ou du moins en toute conscience de l'erreur) ! En fait j'ai reporté les temps indiqués au dos de la pochette, qui sont (sans doute volontairement, de la part du groupe... Enfin, on peu pas être sur mais bon...) tous ou presque erronés, n'importe quel lecteur CD (machine ou logiciel) permettant de rétablir les durées véritables. Il m'a semblé que répercuter ces "visibles fautes" collait bien à l'apparent désir d'égarer l'auditeur dont le trio fait montre avec ce disque, cet objet-là (ces temps embrouillés, les sous-titres fantaisistes sous chaque intitulé...).

(Merci pour "le travail", en passant. Je devrais terminer la disco - versant "albums officiels et hors-collab'" - d'ici quelques temps... Provisoirement, vu qu'un nouvel album est annoncé pour début 2013 ! Curieux, je suis, d'autant que j'aime beaucoup Popular Songs, le dernier sorti à ce jour, en 2009).

kaplan › vendredi 14 septembre 2012 - 15:12  message privé !

Un petit détail qui n'a rien à voir avec la chro (quel remarquable travail sur Yo La Tengo!!!) mais le temps des morceaux de ce disque sur Guts est totalement fantaisiste. Cordialement

Note donnée au disque :       
Seijitsu › dimanche 4 mars 2012 - 19:12  message privé !

Aaaaaaaaaaaah

Note donnée au disque :       
Dioneo › dimanche 4 mars 2012 - 18:59  message privé !  Dioneo est en ligne !
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(Et ceci-dit, Blue Line Swinger est vraiment géniale, par contre, oui).

Dioneo › dimanche 4 mars 2012 - 18:44  message privé !  Dioneo est en ligne !
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(Dis-donc, intérêt si je veux, oh !!)

Tu verras bien.

(Eh eh eh...).