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Leonard Cohen › Songs Of Love And Hate

cd | 9 titres | 44:21 min

  • 1 Avalanche [5:07]
  • 2 Last Year's Man [6:02]
  • 3 Dress Rehearsal Rag [6:12]
  • 4 Diamonds In The Mine [3:52]
  • 5 Love Calls You By Your Name [5:44]
  • 6 Famous Blue Raincoat [5:15]
  • 7 Sing Another Song
  • 8 Boys (live) [6:17]
  • 9 Joan Of Arc [6:29]

enregistrement

Produit par Bob Johnston

line up

Paul Buckmaster (arrangements cordes et cuivres, chef d'orchestre), Leonard Cohen (chant, guitare acoustique), Ron Cornelius (guitare acoustique & électrique), Charlie Daniels (guitare acoustique, basse, violon), Elkin "Bubba" Fowler (guitare acoustique, banjo, basse), Bob Johnston (piano), Corlynn Hanney (voix), Susan Mussmano (voix), The Corona Academy (voix d'enfants), Michael Sahl (cordes)

chronique

Styles principaux
folk
Styles personnels
terminal

Le premier recueil était gris. Un vieux manteau de laine, poussiéreux, pour les automnes solitaires. Le second fût d’un gris plus clair, délavé, beaucoup moins tenace. Le troisième, ici présent, n’est mué que par une seule couleur, qui n’en est d’ailleurs pas une et qui les recouvre toutes : le noir. Une couverture noire, maculée de larmes, pour les hivers suicidaires. Qui oserait… ne pas se sentir poignardé au cœur, à l’écoute de cette détresse palpable, qui suinte de partout ? Le chagrin oui. La tristesse, la ferveur, la sagesse, toujours, mais les rêves de jours meilleurs mis à sacs, ne reste que l’attente d’une mort presque certaine, qu’on accueille les bras ouverts. Ne vous fiez pas à ce visage souriant, il n'est là que pour mieux vous tromper, même si le titre froidement placardé ne laisse aucun doute quand au contenu. Cet intitulé se veut révélateur des deux faces de l’album, qui était, il n'est pas inutile de le rappeler, pensé à l’époque en tant que vinyle, c'est à dire en deux actes : une face pour la haine (‘A’) et une pour l’amour (‘B’). Pour ma part et en dépit de toute explication rationnelle, je n’y entendrai jamais que deux faces pour un même thème : la souffrance. Quand on me sort cette phrase souvent galvaudée, je ricane : "on ne touche pas à ça". Elle est précisément indiquée ici. On ne touche pas à Songs Of Love And Hate. Tout comme Pornography le sera pour The Cure, il s’agit d’un l’album-abîme, le disque-frontière qu’on ne rencontre qu’une fois dans la carrière d’un artiste, une œuvre où l’affliction est exprimée sans détours. La mise à nu douloureuse d’un homme au plus profond de ses abîmes, hanté par la mort, les remords. Si le premier album du Canadien pouvait se révéler un allié précieux et un compagnon d’infortune pendant les moments de blues, celui-ci n’hésitera jamais à appuyer sur le poignard fiché dans notre poitrine. Vicieusement. Il suffit parfois de rien pour passer l’arme à gauche, et cette plongée dans l’hiver des sentiments ne se fera pas sans victimes collatérales. A l’époque le Canadien ne devait pas se douter qu’il serait encore là en 2009, oh, sûrement pas. Traversant une période particulièrement sombre de son existence, il a ici embrassé les gouffres de son âme, les mêmes gouffres avec lesquels il ne flirtera à nouveau que bien plus tard. Noyé dans le chagrin et le désespoir. Sans larmes forcées, ni pathos théâtral, pas la moindre mise en scène, excepté ces violons tragiques qui surgissent de la nuit pour resserrer l’étreinte autour de notre gorge. Ça fait mal, et on ne s’étonne pas d’apprendre que ce disque fût une des inspirations majeures de nombreux artistes gothiques. Une production plus puissante et plus dramatique que celle du premier, sans ambiguïté aucune, ni compromis, qui ne laisse plus de place à l’évasion ou au bribes de paradis. Ce sont un peu les mêmes voix féminines en background pourtant, les mêmes voix séraphiques, des voix d’enfants, parfois… mais on n’a plus l’impression qu’elles viennent du paradis. Des fantômes accompagnateurs, des esprits qui suivent le poète meurtri dans sa descente aux enfers. Les parties de guitare atteignent ici une force rare et une sensibilité extrême. A l'instar du grand Paco De Lucia dans un autre registre, Cohen fait partie de ces guitaristes au toucher unique, dont l'art restera à jamais infalsifiable, même par le plus acharné des musiciens. La technique n'est pas seule en jeu. Le Maître danse avec ses cordes et tisse des mélodies décharnées, implacables, bouleversantes. Son jeu sublime, unique et très personnel, d'une précision extrême et d'une sournoiserie aux faux airs de fragilité, à fleur de phalanges, soutient sa voix plus belle que jamais, plus profonde qu’avant, caverneuse par endroits, gorgée d’amertume, de fiel même. Hostile. Meurtrière. Cohen, brisé par une trahison, adresse "Famous Blue Raincoat" à son "frère", identifié par ce terme assassin : "my killer". Une complainte nocturne en forme de lettre qu’il achève par un "sincerely" d’une amertume terrible à celui qui brisa son couple. Je pourrais aussi parler longuement de "Dress Rehearsal Rag" la vicieuse, toute en pics et chute, une corde raide sur laquelle Cohen appuie, relâche, sans arrêt, une tension exercée de main experte... et scélérate. Le chanteur s’emporte dans des envolées lyriques déchirantes avant de s’apaiser, pour mieux revenir à la charge, puis retomber à nouveau. Meurtrier. Je pourrais également faire allusion à la désolation totale de pièces comme "Last Year’s Man" ou "Love Calls You By Your Name" la cruelle, et en dire long sur le country "Diamonds In The Mine", le seul morceau enlevé du lot (avec peut-être le live "Sing Another Song, Boys", encore que), qui derrière ses airs légers et insouciants se révèle pourtant l’un des plus écorchés, Cohen se lâchant dans un chant complètement déglingué, cabossé, éthylique, le ricanement délibéré d’un type au seuil de sa propre tombe, qui n’a plus rien à perdre et qui crache une dernière fois au visage de la lumière. Insulte, bras d’honneur, agression délibérée. Le recueil s’achève par "Joan Of Arc", bercé par des "la la la la" dont l’écho ne laisse planer aucun doute : nous sommes passés de l’autre côté. Un des plus grands classiques de son répertoire, en apparence plus serein que le reste, dans la veine de ses standards passés "Sisters Of Mercy" ou "One Of Us Cannot Be Wrong", magnifique, absolu. Vous remarquerez que j’ai sciemment évité de faire référence au premier titre, le climax absolu de l’album et de sa carrière, que j’aurais pu, dans une de ces tirades assomantes qui me sont chères, décrire avec force passion, mais de la sorte, souiller de mots tape-à-l’œil. Je ne me suis pas défilé, non. La raison est simple comme tout : ce serait déplacé. Et insultant. Je n’invoquerai que la pudeur pour m’en défendre. La pudeur. Et la peur. (mardi 24 février 2009)

note       

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Batwings › jeudi 2 janvier 2014 - 20:46  message privé !
zugal21 › samedi 15 juin 2013 - 13:28  message privé !

Figure sur la compile "I'm your fan"

(N°6) › samedi 15 juin 2013 - 13:27  message privé !
avatar

Reprise impériale de "Avalanche" par Murat également.

Harry Dickson › samedi 15 juin 2013 - 13:22  message privé !

De la chro bien sentie et instructive. Reprise impérale de "Avalanche" par Nick Cave.

Note donnée au disque :       
Richter › dimanche 2 octobre 2011 - 16:48  message privé !

On va dire que Diamonds In The Mine et Sing another song, boys sont clairement les chansons les plus faibles de l'album...mais le reste c'est du tout bon !

Note donnée au disque :