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Scott Walker › Scott

  • 1967 - Philips, BL 7816 / 632 383 BL (1 lp (vinyle))

12 titres - 40:30 min

  • A1/ Mathilde (2:39)
  • A2/ Montague Terrace (In Blue) (3:31)
  • A3/ Angelica (4:02)
  • A4/ The Lady Came From Baltimore (1:59)
  • A5/ When Joanna Loved Me (3:09)
  • A6/ My Death (4:56)
  • B1/ The Big Hurt (2:27)
  • B2/ Such A Small Love
  • Such a Little Tear (4:54)
  • B3/ You're Gonna Hear From Me (2:55)
  • B4/ Through A Long And Sleepless Night (4:12)
  • B5/ Always Coming Back To You (2:41)
  • B6/ Amsterdam (3:04)

enregistrement

Ingé son : Peter Olliff

line up

Scott Walker (chant), Wally Stott (arrangements, direction), Reg Guest (arrangements, direction), Peter Knight (arrangements, direction)

remarques

Sorti sur le marché US sous le titre "Aloner"

chronique

Styles principaux
chanson
musique classique
pop
Styles personnels
chansons

Dans le genre ouverture imposante, ce disque se pose-là… Premier album solo de Scott Walker, premier morceau… Mathilde de Jacques Brel ! Oui, moi aussi ça m’a surpris à l’époque, même si je connaissais le Scott Walker chansonnier avant de connaître son versant gutsien. C’est que s’attaquer à Brel en anglais relevait du suicide, et pourtant, pourtant… Cette reprise est magnifique, soulevée littéralement par un mur du son bien plus haut que celui de Phil Spector, un fleuve de cordes dans lequel la voix divine (pas d’autre mot possible) de Walker rame à contre-courant. On ne descendra pas de cette somptueuse architecture sonore jusqu’à la fin du disque, admiratifs devant la production proprement colossale exposée ici, et pourtant sertie de détails incroyables, lustres tintant dans le noir, réverbérations fiévreuses et cuivres tonitruants sonnant une charge imaginaire. Le contraste produit entre la frénésie du 1er titre et le calme de Montague Terrace produit un effet de tétanie chez l’auditeur… On a l’impression d’être une gargouille suspendue aux murs d’une cathédrale d’arrangements somptueux… vomissant un déluge, que dis-je, une avalanche de cordes sur les pauvres passants en contrebas, qui se voient soudain pris par surprise par la mélancolie. Surprise, c’est encore le mot, pour la chanson suivante, celle qui décroche un rire jaune de terreur à l’auditeur désorienté : Angelica. Chers amis, en exclusivité pour vous, Scott Walker interprète la chanson de la Star Ac 1 ! Si si… "La Musiqueuh", c’est bien de celle-là dont je parle. Si je vous préviens, c’est pour vous éviter l’infarctus que je me suis fait au moment de tomber dessus… Quel choc ! Eh oui, avant d’être ringardisée à vie par TF1, ce morceau était un standard de la chanson des années 60, repris par Nicoletta et donc, Scott Walker. De quoi relativiser vos notions de "chanson de merde" et de catégories, parce que là on parle quand même du créateur de Tilt et The Drift, pas de Jenifer… La délicate The Lady Came from Baltimore – de l’excellent Tim Hardin - nous remet de nos émotions avec son tempo enjoué (c’est rare chez Scott Walker) et sa guitare country, faisant un pont tout à fait singulier entre chanson "européenne" et folklore américain. C’est que Scott Walker est un ovni à lui tout seul, un jeteur de pont entre les extrêmes, bien malgré lui… En plus d’être devenu ultra respecté parmi les fans de musiques expérimentales (en dépit de son passé de mec has-been même pour la pop), Scott Walker se paie le luxe d’être l’auteur du seul album sur Guts que mon père pourrait apprécier… Et ça, ça ne s’invente pas. La face A se clôt dans la même intensité dramatique qu’elle a commencé, avec une autre reprise de Brel, le gothique avant l’heure My Death, un tourbillon d’émotions au refrain en forme d’abîme vertigineux duquel l’éternel semble nous contempler… La face B est un peu moins puissante, les compositions de Walker y étant plus timorées (son chef d’œuvre ici est bien Montague Terrace, qu’il fallait oser placer juste après Mathilde, mais le résultat est bluffant). Elle permet au moins de confirmer l’orientation ambitieuse et le parti pris adulte et mélancolique nouvellement pris par Scott, qui, délaissant la carrière facile que lui promettait son statut de gueule d’ange au sein des Walker Brothers, s’offrait là un grand saut dans la cour des grands, sur un chemin escarpé qu’il était bien le seul à emprunter à l’époque… Le clou est enfoncé avec la reprise finale du "Port d’Amsterdam", LE classique intouchable, que Walker interprète sans une once d’humilité ou d’intimidation devant l’original, en rendant finalement honneur au morceau… On ne peut qu’imiter Keith Altam, qui, dans les notes de pochette de ce disque, cite le poète John Keats : "Beauty is truth, truth beauty – that is all.". Zappa contredira, mais pour l’occasion, nous acquiescerons face à la majesté de l’œuvre, à laquelle il est bien difficile de rendre hommage par des mots... (vendredi 30 janvier 2009)

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The Gloth › jeudi 9 septembre 2010 - 16:14  message privé !

Vraiment surprenant comme disque, surtout que je viens de découvrir Scott Walker avec "Tilt" et "The Dift". Il faudra que je l'écoute encore,pour me décider à l'aimer ou pas. Les reprises de Brel sont en tout cas excellentes, y compris "My Death" ("Ma Mort" ?) que je ne connaissais pas.

Sinon, "Angelica/La Musique", c'est bien rigolo. Dans le genre, j'ai hier soir passé en revue les différentes interprétations de "Something Got a Hold on my Heart" dont on connaît surtout les versions par Gene Pitney, avec ou sans Marc Almond (je préfère sans) ; mais il en existe aussi par Vicky Leandros, par Engelbert Humperdinck, par Nick Cave et encore d'autres... Et c'est un morceau fabuleux, qui ridiculise sans doute tout ce que Gene Pitney a chanté d'autre.