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Domenico Solazzo › Deadend

10 titres - 49:42 min

  • 1/ Mr Kewl (4:22)
  • 2/ Lenght Of Time (3:09)
  • 3/ Mulunde (4:50)
  • 4/ www.help.coma (3:33)
  • 5/ Too Many Suns In My Sky (4:29)
  • 6/ Mescaline (5:46)
  • 7/ In The Womb (5:41)
  • 8/ The Day Of My Rebirth (4:26)
  • 9/ God's Evil Machinery (8:20)
  • 10/ March (5:06)

enregistrement

Goddess Studio, Bruxelles, novembre - décembre 2008. Mastering: Matthieu Duvault.

line up

Domenico Solazzo (ballaphon, basse, claviers, batterie, e-bow, guitare, electronica, piano, korg ds-10, mellotron, orgue, samples, shakers, tambourin, chant), Jean-Jacques Duerinckx (saxophones)

remarques

En écoute intégrale ici [http://domenicosolazzo.blogspot.com/2008/12/deadend-lap0816.html]

chronique

Styles principaux
pop
rock
trip hop

“How… should I… pretend… to be… so smart ?” A ceux qui n’auraient pas encore entendu le signal, à tous ceux qui n’auraient pas encore compris, à ceux qui, cachés derrière leur écran, ont été bombardés sans relâche de liens, pubs, extraits mp3, à ceux-là même qui ont toujours fait mine d’en avoir rien à battre, ou qui n’en avaient vraiment rien à battre, Domenico Solazzo n’y va pas par quatre chemins pour bien faire comprendre qu’il ne baissera pas les bras et balance la purée dès la première piste : gros riffs hardcore, patator, qui rappellent Deaf Dialogue - une façon d’attirer l’attention en masquant un manque d’inspiration supposé par du gros son in your face ? Que nenni. Deadend est, vous le découvrirez par vous même, un album retors. Eh ! On parle de Solazzo. Et il y’a chez ce monsieur des tonnes d’idées qui fourmillent, nées de ces influences multiples qui bombardent son cerveau de concepts. Chaotiques. Trop nombreux. Faire le tri. Savoir où aller. Toute la question qui s’est posée depuis son premier bébé, jusqu’à maintenant. On commence à y voir plus clair. On commence à y voir plus clair mais il fait de plus en plus noir… merde. Solazzo s’est nourri de tout et commence par recracher ses multiples influences sans se perdre dans toutes les directions, en les utilisant – en en faisant un matériau dans son monde – car il a un monde, un univers personnel, et cet univers ne s’est pas bâti par l’opération du Saint Esprit – il a fallu tâtonner, longtemps, pour commencer à savoir ce qu’on faisait, vraiment. Il a fallu y aller doucement, sentir où on serait le mieux. Pour commencer à évoluer dans son monde et, enfin, à faire quelque chose un minimum construit. le filou est un retors, et il ne sait pas tenir en place – c’est là le défaut des vrais artistes. On croirait presque à un disque simple dis comme ça, pas vrai ? Mais le filou est un compliqué. Toute proportions gardées, Remembrances a peut être été le Rock Bottom de Solazzo ; disque touchant, faussement naïf, noyé dans cet espèce de mièvrerie ambiguë, une beauté difforme qui allait droit au cœur. Remembrances avait peut être pas exactement le même but que Deadend; son charme tenait dans cette… sincérité, cette mise à nu touchante, fragile. Les émotions n’y était pas calculées, soupesées en bon expert – tout semblait couler de source, et la musique s’épanouissait d’elle-même. Deadend est un peu une version costaude de Remembrances - et un amalgame de tout ce que le belge sait faire le mieux. Sur cet album on retrouve un peu de tout ce qui fait Solazzo, complexe et instable – dans un emballage nickel chrome. Sans superflu, ou très peu – sans dérapages trop jazzy (tant mieux parce que moi ça me saoule à la longue), le disque s’évite une fumisterie expé et nous raconte une histoire, celle d’un homme marchant dans la nuit sans savoir où il va, perdu dans ses pensées. Deadend est nourri de tout ce que le bonhomme aime : jazz (un peu), world music, abstact hip hop – souvent dans un esprit presque rituel, basé sur la répétition d’un même thème hypnotique ("Mescaline", ou le trip hop létal de "In The Womb"), la procession navigue entre glauque, rituel et zones d’ombres pour se terminer dans un bain de lumière pas plus rassurant sur "March", peut être même le moment le plus troublant de ce recueil. Même le chant coincé dans ces instrus implacables - fragile comme un phasme dans un étau (mmmh, très bonne métaphore), ne fait pas tâche, même si plus d’aplomb ne serait pas un mal. Les samples (trop nombreux à mon goût) sont parfois utilisés abusivement mais quand ils servent le propos c’est un régal – entendre le speech final de L’Associé du Diable (Pacino déchaîné qui baratine sur Dieu, le seul moment captivant du film au passage) avec un trip rituel glauque et envoûtant nappé dessus, du bonheur ! ("www.help. coma"). Réminiscences de Remembrances (ouh la vilaine phrase) sur "Too Many Suns In My Sky" (magnifique sur sa dernière partie) et "The Day Of My Rebirth". Solazzo est toujours à l’aise au micro… comme un poisson sur un tas de sable. Mais le charme faussement naïf de ce chant soupiré et plaintif plus amateur que la musique qui l’accompagne ne laisse pas indifférent. L’ambiance est ambiguë, presque vicieuse... sur "God’s Evil Machinery" il nous invite à un trip funèbre, ailleurs on passe du coq à l’âne ; trip planant et insolite façon ballade de Mr Bungle ("Lenght Of Time") par exemple. Il y’a du Patton pour sûr, là-dedans, du Hammill - et même du Peter Gabriel ; trip tribal et rituel ("Mulunde") – on reste toujours dans une espèce de pop/rock difforme, bouffée par des envies d'ailleurs – mais Solazzo contient son travers 'l'expé pour l'expé', et c’est tant mieux. Etre plus facile à approcher n’a jamais été qu'une des meilleures façon de mieux tuer (la technique du prédateur) – et c’est ce que nous prouve le lascar. Solazzo devient cohérent, Solazzo maîtrise les éléments de son univers trouble, Solazzo s'arme d'une prod plus pro, et peut ainsi se mouvoir dans ses gouffres comme un poisson dans l'eau (hihi). Deadend est moins décousu, plus solide que ses précédents efforts ; plus facile d’accès sans perdre une once d’inventivité, de noirceur et de sournoiserie – on a un ensemble, un album quoi, je ne vais pas vous faire le blabla de rigueur, j’essaie désespérément de vous donner envie d’écouter cet album parce qu’il est excellent. Tout ça est excellent oui, tout ça existe que vous y prêtiez attention ou non. Solazzo continue sans relâche son bonhomme de chemin que vous y prêtiez attention ou non. Vous avez raté quelque chose de beau en passant à côté de Remembrances, et vous raterez quelque chose d’aussi beau en passant à côté de cet album, auquel j’avais l’intention de mettre un bon gros 4 avant de réentendre "March" et "www.help.coma". Ce sera 5. Peut-être son meilleur opus avec le pré-cité. Probablement son plus sombre… Un disque secrètement malade en forme de lente procession nocturne - qui vous attend quelque part, dans le noir, dans une ruelle paumée, comme un esprit malveillant. Trouvez-le. Mangez-le - ou laissez-le vous manger. (vendredi 23 janvier 2009)

note       

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Cera › mardi 9 juillet 2013 - 22:39  message privé !

belle chro pour un bel album.

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devin › lundi 14 décembre 2009 - 17:24  message privé !

"Length of time" superbe ; les arrangements en général sont excellents, mais ça ne me surprend pas. Un album à contre-nuit.

Note donnée au disque :       
mangetout › dimanche 1 février 2009 - 18:42  message privé !

Part I : Je suis honnête avec l'homme, si on met de coté les Panopticon, autant certaines de ses production solos passées m'avaient laissé de marbre, autant ce "Deadend" m'a laissé lui sur le cul par sa maitrise de l'affaire. Alors certes la production n'a pas l'onctuosité et la précision d'une réalisation Abbey Road ou Real World mais elle se révèle d'une excellente facture et bien meilleur que certaines qui se veulent professionnelles, la vie étant d'une injustice de tous les instants on ne peut que maudire la providence quand on entend la rutilance sonore de certains comme pour essayer de cacher honteusement le vide de leurs propos.

mangetout › dimanche 1 février 2009 - 18:42  message privé !

Part II : Mais revenons à nos moutons, de prime abord je dirais que "Mr Kewl" et "Too many suns of my sky" m'ont sauté à la gorge pour me la nouer fortement, les influences plus que digérées de Fripp, Hammill ou Gabriel sont au service d'un raffinement et d'une puissance qui ne peuvent que forcer l'admiration, au contraire de certains, la présence des multiples samples de films et de dialogues divers ne m'a absolument pas paru rédhibitoire mais concours plutôt à apporter un liant qui donne au plat final le fin gout du concept album. Tout au long du déroulement nous traversons alternativement des zones en apesanteur aux sombres significations - cauchemars cycliques ou terreurs éveillées nous n'en sauront rien ? - ou d'autres à la fausse légèreté presque enfantine comme pour nous susurrer à l'oreille que les plaies du corps et de l'âme se terrent au plus profond de nous dès les premiers cris pour ne plus nous quitter jusqu'au dernier souffle. Quant à finir la marche par, excusez le néologisme, une "Solazzertronics" comme "March" elle ne peut qu'apporter un supplément de grâce à un album qui décidément n'en manque pas.

merci pour le fusil... › vendredi 30 janvier 2009 - 16:58  message privé !

Meilleur mixage, subtil usage des samples, grande cohérence, ambiance psycho-crépusculaire sans tomber dans le dépressif...what else ?!!

L'inspiration terrassera toujours une production cache-misère.

Note donnée au disque :